Merci Sandra !

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Salut vous ! Aujourd’hui, je suis super contente de vous présenter Sandra, la fondatrice de la marque de vêtements et d’équipement pour les femmes cyclistes, Veloine. Rendez-vous à Munich à la rencontre de cette passionnée qui partage avec nous l’histoire de sa marque et son histoire avec le vélo, qui n’a pas forcément commencé dans les meilleures conditions… On parle marketing d’influence, difficultés à s’imposer dans ce petit milieu quand on est une jeune marque, vélo (bien sûr !), cyclisme féminin et entrepreneuriat.

Salut Sandra ! Contente de t’avoir parmi nous ! Alors, est-ce que tu peux te présenter ? 

Salut ! Je m’appelle Sandra, j’ai 36 ans, je suis une cycliste passionnée, une spécialiste en marketing mais aussi la fondatrice de la marque d’équipement pour femme cycliste Veloine. 

C’est quoi ton histoire avec le vélo ? Comment cette passion a commencé ?

J’ai commencé le cyclisme suite à une blessure au pied gauche. Je venais à peine de commencer à m’entraîner de manière plus intensive en course à pied que les médecins m’ont diagnostiqué une infection des os. Et c’était plutôt douloureux. C’est devenu très vite clair pour moi que je ne pourrais pas faire de la course à pied pendant un bon bout de temps.

Au même moment, une amie vendait son mobilier car elle partait avec sa famille pour un voyage de 3 mois autour du monde et qu’elle allait s’installer ailleurs. Et dans ce qu’elle vendait, eh bien il y avait un vélo de route Merida et des chaussures Shimano qui, miracle !, étaient à ma taille. Ça faisait quelque temps que l’idée de faire du vélo me trottait dans la tête. Et je pensais que ce sport allait sûrement me plaire. Donc je lui ai acheté le vélo pour 100€ en espérant aussi que ça me permettrait de rester tonique et en forme pendant ma blessure. Et c’est comme ça que tout a commencé. 

Pourquoi tu fais du vélo ?

Pour moi, faire du vélo, c’est comme me mettre en pause. Sur mon vélo, je suis capable de mettre mon esprit en mode off et j’ai le sentiment d’être en paix, sentiment que je n’ai jamais ressenti en faisant du yoga ou de la méditation. Et bien sûr, je fais du vélo pour rester en forme. Je me considère comme une cycliste lambda. Je ne fais rien de spécial sur mon vélo. J’aime juste ce sport en fait. 

Qu’est-ce que le vélo t’apporte ?

J’ai essayé beaucoup de sports, surtout quand j’étais enfant. Du tennis aux arts martiaux. Mais j’ai laissé tomber rapidement. Le cyclisme est le premier sport où je me suis dit que j’allais en faire toute ma vie. C’est difficile à décrire mais il y a quelque chose de spécial avec le vélo… la liberté, la résilience, la joie, la souffrance… le cyclisme, c’est un peu tout ça. Ça m’a aussi appris que même si certaines portes se ferment, d’autres s’ouvrent : car si je ne m’étais pas blessée, j’aurais sûrement continué le running et je n’aurais peut-être jamais essayé le vélo. 

Tu pratiques quoi comme discipline à vélo ?

Juste du vélo de route pour le moment mais j’essaierais bien le gravel. Oh et je fais du vélotaff aussi. Mais c’est juste l’affaire de quelques kilomètres.

Ton meilleur souvenir à vélo ?

C’est difficile à dire car j’ai eu tellement de bons souvenirs à vélo… Il y a bien un moment que j’ai en tête. On passait avec mon compagnon un peu de temps en France vers Nice l’année dernière. Il faisait l’Ironman. Un jour après une sortie, on portait nos vélos dans les escaliers jusqu’à notre appartement Airbnb quand un voisin nous a interpellés. Je me suis directement dit qu’il allait nous faire la leçon comme quoi les vélos ne doivent pas être mis à l’intérieur etc. Eh bien non. Au lieu de ça, il s’est avéré que ce monsieur était un ancien coureur pro, dans les années 60, qu’il avait participé à de nombreuses courses célèbres dont le Tour de France qu’il avait fait plusieurs fois. Il devait avoir 80 ans mais il était en parfaite forme. On ne parlait pas bien français mais d’une certaine manière, nous avons réussi à discuter pendant un moment et nous avons écouté ses histoires du Grand Tour. C’est juste l’exemple parfait qui démontre en quoi le sport peut connecter les gens, peu importe l’âge ou la langue.

Tu habites à Munich non ? C’est sympa pour rouler ?

Oui absolument ! C’est un endroit formidable pour vivre et pour rouler. Avec une belle campagne proche des Alpes allemandes. 

Un endroit chouette pour rouler à nous conseiller en Allemagne ou en Europe ?

Mes routes préférées sont au sud de Munich. Je ne suis pas une très bonne grimpeuse mais rouler dans les Alpes allemandes et voir l’horizon, c’est une vision dont je ne me lasserai jamais. Je dois avouer que je suis sans doute la pire cycliste pour ce qui est d’utiliser Strava ou de tracker mes données. J’uploade juste mes sorties de manière occasionnelle mais j’essaye de m’améliorer là-dessus.

Question matos : tu roules sur quoi ?

J’ai un Specialized Ruby mais aussi le Merida que j’avais acheté et avec lequel j’ai commencé le vélo. A côté de ça, j’ai un mountain bike et un vélo pour mes trajets de vélotaff. Mon «office bike» comme j’aime l’appeler. C’est un vélo simple avec un panier devant pour trimballer mon sac et ordinateur. 

Quel est ton point de vue sur le cyclisme féminin en général ? Qu’est-ce qui pourrait faire évoluer les mentalités ? 

Ce n’est pas un secret : les femmes sont complètement sous-représentées dans le cyclisme. L’esprit de la discipline est plutôt vieux jeu et contrairement à d’autres sports, le cyclisme ne met pas vraiment les femmes sur le devant de la scène. Il n’y a aucun équivalent niveau courses célèbres comme le TDF, le Giro etc. pour les cyclistes professionnelles féminines. Et les femmes cyclistes n’intéressent pas vraiment les médias. C’est difficile du coup de créer des rôles modèles qui pourraient amener davantage de femmes à pratiquer la discipline. Et quand je vois sur Instagram les posts avec des femmes hyper sexualisées sur des vélos, je me dis que ce n’est pas étonnant que lors de nombreuses courses, le rôle de la femme consiste essentiellement à récompenser le vainqueur avec un maillot et un baiser. Je suis loin d’être une féministe au sens traditionnel du terme. Je pense simplement que le cyclisme doit s’adapter à la réalité de la vie.

D’ailleurs, tu n’es pas uniquement cycliste. Tu as lancé cette année ta marque d’équipement de cyclisme pour femmes en janvier. Big up ! Comment le projet est né ? 

Étant à la fois dans l’industrie fashion et le vélo, j’ai toujours eu l’impression que les mecs avaient accès aux équipements les plus cool. Plus de variétés, des styles différents. J’ai vu le potentiel de développer quelque chose de cool, mais toujours féminin. Quelque chose pour les cyclistes qui cherchent à être performantes sur leur vélo, mais qui font aussi attention aux vêtements et à leur style. Nous avons donc fondé Veloine – contraction des mots «vélo» et «héroïne».

Tu nous en dis plus sur les étapes de création de ta marque ?

Nous avons essentiellement commencé par développer le concept de marque et  son business plan. Ensuite, il s’agissait de trouver le bon designer et le fabricant avec lesquels travailler et développer les produits. Il nous a fallu environ un an pour lancer notre projet.

Comment ça se passe ? T’as encore le temps de rouler ou tu es en mode busy busy busy ?

Le lancement s’est super bien passé et je suis tout simplement émerveillée et émue par les réactions de nombreuses cyclistes. Le revers de la médaille, c’est que ça demande beaucoup de temps et de dévouement, ce qui signifie… moins de temps pour rouler. C’est un peu ironique, non ? Vous démarrez une entreprise par amour pour le cyclisme, puis vous ne trouvez pas le temps d’en faire car votre entreprise vous occupe la majeure partie de votre temps. Mais je suis convaincue que j’arriverai à trouver du temps pour rouler une fois que les choses seront stabilisées.

D’abord : merci d’offrir aux femmes des vêtements qui ne sont ni roses ni turquoise et qui sont adaptés à notre morpho. Ensuite : comment as-tu conçu les modèles, choisi les couleurs, les motifs, etc. ?

Je sais généralement à l’avance à quoi le produit doit ressembler – mais pour transformer ça dans un vrai design, il faut une expertise professionnelle. C’est pourquoi nous avons un designer pro. Car développer nos propres modèles était également important pour nous. Certaines petites marques ont tout simplement mis leurs logos ou motifs sur le gabarit du fabricant et c’est tout. Et ce n’était pas ce que nous voulions faire.

Tu conçois les modèles à Munich et ils sont fabriqués en Italie à partir de matières premium. Comment tu as sélectionné l’atelier de fabrication ?

Nous avons choisi intentionnellement un fabricant en Europe pour nous assurer de la qualité mais aussi avoir un processus de production aussi responsable que possible. Nous avons rencontré beaucoup de fabricants et nous avons sélectionné les plus fiables pour construire des relations de confiance pérennes. Les matières utilisées, c’est la clé de la qualité. Choisir les bonnes implique beaucoup de recherches auprès des fournisseurs de tissus. Et des tests bien sûr.

L’industrie du vêtement cycliste est-elle compétitive ? Difficile pour une petite et nouvelle marque de se développer ?

Oui, c’est très compétitif et difficile pour les jeunes marques. Le nombre de nouvelles marques de cyclisme et boutique est également en augmentation constante. Mais la concurrence – y compris dans le domaine du cyclisme féminin – me dit que la demande sur le marché est forte et que nous avons une raison d’être là.

En fin de compte, le client décide qui survit. C’est la raison pour laquelle notre objectif principal est de créer des produits de haute qualité que nos clients adorent vraiment, de leur offrir une expérience inégalée lors de l’achat, du déballage et à l’essayage. Et aussi d’offrir le service à la clientèle que nous souhaitons atteindre et développer.

Par exemple, j’ai découvert votre marque sur Instagram. Quel est l’impact des médias sociaux sur Veloine ? Et penses-tu qu’il est maintenant possible pour une entreprise de se développer sans les médias sociaux?

Honnêtement non. Je ne pense pas que les marques pourraient se développer (ou même survivre) sans les réseaux sociaux de nos jours. Pour nous, c’est le canal clé pour construire la marque et obtenir une vraie portée. D’autant plus que nous vendons principalement en ligne.

Quel est ton point de vue sur le marketing d’influence sur les médias sociaux ? Chez Veloine, vous travaillez avec des ambassadrices ? Et comment les avez-vous choisies et vous travaillez avec eux ?

Oui, nous travaillons avec des ambassadrices mais de manière très sélective. Ce qui compte pour nous, c’est que les femmes défendent les valeurs de notre marque et les représentent de manière authentique. 

Pour moi, c’est encore plus important que le nombre de followers. Pour être très franche, j’ai souvent l’impression que tout ce qui a trait aux influenceurs est devenu un peu fou. Il y a tellement d’influenceurs en herbe que je me demande parfois si quelqu’un achète encore des produits ou les obtient gratuitement en échange de quelques articles. Cela n’offense personne, mais je crois vraiment que vous devez choisir judicieusement avec qui vous travaillez – cela vaut non seulement pour les marques, mais aussi pour les influenceurs en termes de sélection des marques avec lesquelles ils collaborent. Vous devez vous assurer de rester authentique et sincère. 

Ton meilleur souvenir de cette aventure?

La projet dans sa globalité. Mais voir des gens utiliser nos produits et parler à nos clients est certainement la partie que j’apprécie le plus.

Et le pire?

C’est un vrai challenge permanent, mais heureusement, nous n’avons pas encore vécu de gros dramas.

Nous avons tous nos secrets, mais tu as une astuce à partager avec ceux qui veulent créer leur entreprise ou qui ont peur de se lancer, ?

Sheryl Sandberg, COO de Facebook, a dit un jour  : «Que feriez-vous si vous n’aviez pas peur ?». Elle a bien résumé la chose. Si vous pensez avoir une idée qui peut résoudre un problème ou combler un vide, si vous êtes prêt à travailler dur et si vous vous sentez à l’aise de prendre des risques, vous disposez déjà des bases nécessaires pour démarrer une entreprise. Personnellement, je peux totalement accepter le risque d’échec – mais je ne pouvais pas accepter le risque de me demander dans quelques années « damn, pourquoi je ne le fais pas alors que j’avais une chance ».

Quels sont les plans et projets pour votre marque maintenant ?

Lancée il y a quelques mois à peine, Veloine en est encore à ses débuts. L’objectif pour les mois à venir est donc de développer la marque et d’élargir notre gamme de produits, tout en permettant également aux cyclistes de faire l’expérience de la marque, par le biais d’un réseau de sorties organisées.

Et pour toi ?

Intégrer plus de sorties vélo dans mon emploi du temps 🙂

A quoi ou à qui voudrais-tu dire merci ?

Mon partenaire et co-fondateur, Juergen.

Et merci mais non merci ?

Les gens qui me disent à quel point le secteur du cyclisme est difficile, que la concurrence est rude avec les grandes marques. Oui, je sais merci, next.

Qui sont tes Veloine(s) ?

En fait, deux de nos coureuses sont une grande inspiration pour moi : @lulu.on.tour et @aanaakuu. Toutes les deux sont des cyclistes badass et des femmes vraiment cool. J’ai également beaucoup de respect pour @johanna_jahnke, une cycliste allemande ultra-longue distance – ce qu’elle fait pour le cyclisme féminin est incroyable.

Qu’aimerais-tu dire ou partager avec nos lecteurs ? Ou les femmes?

Faites plus de vélo. C’est bon pour l’âme.

Un indice sur ce qui se prépare pour Veloine ? Je suis vraiment très curieuse !

Eh bien, je peux vous dire que nous travaillons sur de nouveaux trucs sympas avec notre mantra FEARLESS. FEMALE. CYCLIST. À venir dans quelques mois. Restez à l’écoute 🙂

Merci beaucoup Sandra d’avoir pris le temps de répondre à toutes mes questions, au lieu de partir rouler ! Je te souhaite beaucoup de réussite pour ton projet qu’on va suivre de près, des sorties et des belles rencontres à vélo. Mais pas que ! 

La cyclo carte d’identité
Sandra
Founder of Veloine
Compte Instagram : @veloine.cc I @sandra_waschnewski
Page Facebook : Veloine
Vélos(s) : Specialized Ruby
Ravito préféré : Cliffbars et Powerbar. Et de la glace après la sortie !