Merci Daniel !

Si vous avez déjà participé à un Classics Challenge, votre chemin a sûrement déjà croisé celui de Daniel. Qu’il soit sur son vélo ou pas, en pleine course ou en sortie, Daniel immortalise les copains, la communauté des coursiers de Paris et le sentiment de liberté et d’adrénaline que l’on ressent sur le vélo. Balade photographique avec ce cycliste parisien de 29 ans qui se cache derrière les comptes Messengers of Paris.

Hello Daniel ! On t’écoute : qui es-tu et que fais-tu dans la vie ?

Alors moi, c’est Daniel Lima j’ai 29 ans. Je suis coursier vélo sur Paris et un énorme faaaan de vélo. Et de photo !

Comment t’es tombé dans le vélo ? C’était quoi ton premier engin ?

Euh très jeune pendant les vacances au Portugal où j’utilisais que mon vélo. A Paris pas trop, jusqu’à 16 ans où j’ai eu mon premier fixie. Un Leader 721 tout noir avec des roues carbone… pour faire le kéké haha !

Comment tu définirais ta pratique ? Qu’est-ce qui te plaît dans le vélo ?

Le vélo en gros c’est ma vie. Mon boulot. Ma passion. Le moyen de locomotion que j’utilise le plus. Je fais 20 000 km environ par an. Je suis à fond dans l’endurance. Ce que j’aime, c’est le sentiment de liberté, du sport. Un vrai plaisir quoi. Dans le vélo, il y a ces sensations de vitesse, liberté et d’adrénaline. Surtout quand t’es coursier. T’en a pas mal. Mais ce que le vélo m’apporte le plus, c’est la liberté.

Parlons matos un peu. Tu roules sur quoi ? Et pourquoi ?

Mon vélo du taff, c’est un Omnium Cargo que j’utilise tous les jours. Genre 80km par jour. Et pour le plaisir j’ai un Canyon Endurace SLX A8.0 de 2018. Je l’utilise pour les Classics Challenges et les sorties. J’utilise plus trop mon fixie mais il est bien rangé. Pas très loin !

A côté du vélo, tu es photographe amateur et tu publies sur Messenger of Paris tes clichés. Tu publies notamment des photos des Classics. Tu es leur photographe officiel ? Et comment t’es tombé dans la photo ? Et peux-tu nous parler de Messengers of Paris ?

Non pas du tout. Je ne suis pas leur photographe officiel. Elle s’appelle Sophie Gateau (d’ailleurs coucou Sophie !). Moi c’est officieux. La photo est une passion.

En fait comme je suis coursier, je croise souvent mes collègues dans la rue. Et comme j’aime la photo, je me suis dit que j’allais regrouper tout ça et faire une page pour que les copains, ils aient des souvenirs. Je couvre aussi les Alleycat.

Le but de Messengers, c’est de faire des photos pour les potes. Et ça s’est un peu développé : j’ai commencé à shooter sur d’autres événements comme les Ride Steel, les Classics etc. Pour moi ça reste dans la mouvance des coursiers et du vélo car des coursiers font aussi les Classics. Mais c’est plus dans l’underground coursier.

Pas trop dur de prendre des photos dans le milieu du vélo ?

De base on se connaît tous un peu dans tout ce qui est coursier. Donc dès que j’étais sur les events, je connaissais déjà pas mal de monde. Pour les Classics Challenges, en fait, je m’impose pas. C’est du vif. Des fois on me voit même pas. Quand j’ai commencé, j’avais mon petit boitier, je slalomais entre les groupes. Je parlais à personne. Je faisais mon truc et je postais. Puis les gens ont commencé à connaître la page avec le Classics Challenge. Maintenant, je passe devant eux. Photo ? OK et je passe à autre chose.

Qu’est-ce qui te plaît dans le fait de faire des photos de cyclistes et de cyclisme plus globalement ?

L’envie de retranscrire cette liberté que je ressens sur mon vélo. Les paysages. Les groupes. La cohésion.

Tu shootes avec quoi comme appareil ? Et pourquoi ?

Je shoote avec un D750. Avec un 50mm 1.4 j’ai commencé avec ça. Ensuite je me suis dirigée vers du 24-70 2.8 et maintenant je suis en 35mm 1.4 de chez Sigma. Donc j’ai un peu tout testé. Avant je trimbalais tout avec moi sur le vélo mais je me limite maintenant au strict minimum, mon  35mm. Une focale top pour les photos de vélo même si des fois un petit zoom serait pas de refus. Mais on se débrouille !

C’est quoi ta masterpiece ? Tu nous racontes sa petite histoire ?

Je sais pas si on peut appeler ça une “masterpiece” mais c’est une photo que j’aime bien ! Du coup, c’est une photo au Keirin Caviar qui avait eu lieu y a 2-3 ans. En fait j’arrive en retard, une course avait déjà commencé et je me mets au début. Y a des espèces de lumière rouge et des fumigènes. Je prends une photo dans le départ et la photo quand je la traite, sa puissance ressort. Je trouve qu’elle traduit bien la philosophie des coursiers.

C’est quoi la philosophie des coursiers ? Tu peux nous parler un peu du milieu et de ton quotidien ?

Quand j’ai commencé il y a plusieurs années, pour moi, ma philo c’était ride fast die young hahah. C’était un peu ça ! Et maintenant avec le temps, je me suis assagi et c’est plutôt ride fast die last haha. Donc voilà. C’est-à-dire qu’on prend moins de risques car on connaît le trafic et la route. On est habitué à cette jungle urbaine donc on arrive à se déplacer dedans facilement. En prenant le moins de risques possible. Un accident arrive toujours trop vite. Mais je touche du bois. Pour l’instant j’ai rien eu de très grave. Mais en gros la philo globale du coursier, c’est… Imaginons qu’un coursier de Copenhague vienne sur Paris pour une Alleycat (ndlr : une course à vélo organisée en ville) et fasse une demande sur un groupe FB, la communauté parisienne va faire en sorte que cette personne soit hébergée. Y a une vraie solidarité. Même si on ne le connaît pas, on fera en sorte de lui trouver un endroit pour le loger. C’est ça la philosophie des coursiers. C’est une vraie communauté qui est soudée. On partage le vélo notre passion. Et y a toujours cette petite compétition entre nous : qui ira le plus vite ? Qui est le plus agile dans la jungle urbaine ? Bref : c’est un peu tout ça pour moi !

Qu’est-ce qui te plaît dans le métier de coursier vélo ?

En gros : pas de patron sur le dos ahah. Moi de base, j’ai un master en communication visuelle. J’ai travaillé un peu de temps après les études. Mais je me suis dit que c’était pas pour moi les journées en open space. J’avais besoin de bouger, de liberté. Du coup je me suis dit “comment palier à ce manque de liberté ?”. J’ai vu un coursier une fois dans la rue et je me suis dit “purée c’est pas mal”. J’ai postulé plusieurs mois. Comme j’avais pas d’expérience, j’étais pas recruté. Mais un jour je postule à une annonce sur internet et je rentre dans ma boîte de course actuelle.

Est-ce que tu penses que ça devrait être reconnu comme un métier dangereux ?

Oui c’est un métier dangereux. Si on conduit dangereusement et si on est pas attentif. C’est un métier qui est fatiguant pour l’attention. On est obligé d’être sur nos gardes tout le temps. Quand on est sur la route, on n’a pas le droit à une seconde d’inattention car la seconde peut être fatale.

Donc il faut vraiment tout calculer : calculer ce que les autres vont faire, ce qu’on doit faire aussi pour prendre le moins de risques. Je roule tous les jours et de plus en plus, je vois des cyclistes qui prennent des risques démesurés. Ils passent à droite alors que le bus est en train de tourner par exemple. Enfin, des risques que je ne prendrais pas. Eux ils le prennent. Ils sont sans casque. Je sais pas si ce métier devrait être reconnu comme métier dangereux : il faudrait surtout faire des formations aux personnes qui sont néophytes dans le vélo dans la ville. Ils prennent leur vélo, ils pensent que la rue est à leurs parents, que tout va bien. C’est le monde des bisounours alors que c’est une jungle. Donc organisons des formations de 5/6h pour éviter des accidents dramatiques.

Vu que c’est un métier qui se développe beaucoup avec les apps de livraison à domicile, ça bouge côté loi. Y a eu un arrêt de la cour de Cassation en 2018 qui est passé et qui a permis aux livreurs d’être (enfin !) reconnus comme salariés et non comme autoentrepreneurs. Comment ça se passe de votre côté ? Ça a changé des choses pour toi ?

Pour moi, ça n’a pas changé grand chose. Je suis rentré en CDI directement. Pour les livreurs, c’est quelque chose de bien et de nécessaire j’ai envie de dire. Parce que les plates-formes de livraison payent à la course et payent surtout très mal. Et du coup ça force les personnes à prendre des risques pour faire le plus de courses possibles. Donc que ça soit reconnu comme salarié, je trouve ça super. Ces sociétés qui précarisent ce statut en payant à la course, c’est pour moi de la concurrence déloyale avec les sociétés qui embauchent en tant que salarié. Ils proposent des services qui sont pareils que les nôtres, mais ne payent pas les prestas sociales à l’État. Donc ouais, ces réformes, je trouve que c’est quelque chose de très bien.

Des projets cool en photo et en vélo dans les tuyaux dont tu aimerais nous parler ?

Je pars pour un petit Paris-Porto à vélo en juillet. Après je continuerai les Classics Challenges et tout ce qui est championnat du monde des coursiers. Je participe aux évents en général.

Des conseils ou astuces à donner aux photographes qui souhaitent prendre des photos de sport et plus particulièrement de cyclisme ?

Ahahah… Bien savoir régler son appareil déjà. C’est déjà pas mal. Et travailler son équilibre sur le vélo et ses réflexes car ça pardonne pas. Mais plus généralement, il y a un mode sport sur les réflex maintenant. L’autofocus suit un coureur par exemple donc ça aide. Mais les photos sur le vélo, faut déjà avoir un bon niveau parce qu’à la moindre erreur, l’appareil photo et le bonhomme se retrouvent par terre. Donc entraînez-vous !

A qui ou à quoi tu aimerais dire merci  

Bah à toutes les personnes qui me soutiennent. Qui partagent les photos. C’est pour moi le but de Messengers of Paris. Donc les gens qui me soutiennent : un GRAND merci !

Et merci mais non merci ?

Ils se reconnaîtront…

Des photographes qui t’inspirent ?

Mon photographe préféré, c’est Sebastião Ribeiro Salgado. Un maître incontesté. J’aimerais beaucoup avoir son niveau. Si je devais mettre un seul photographe sur un piédestal, ça serait lui. D’ailleurs, je vous recommande le film qu’il a fait avec son fils, ça s’appelle Le sel de la terre.

La Cyclo carte d’identité
Compte Strava : Messengers Of Paris
Compte Instagram : messengersofparis
Vélo(s) : Omnium Cargo & Canyon Endurace SLX A8.0 de 2018.
Matos photo : D750 avec un 35mm 1.4 de chez Sigma
Ravito préféré : les speedballs de Kristine